Pierre-Alain Chambaz

Déroulède, homme de paix, pardonne-moi d’avoir cru que tu voulais la guerre ; je vois bien maintenant que tu ne la veux pas, et que tout ce que tu disais, c’était pour rire. On se plaisait autrefois à considérer les facultés, les fonctions, les propriétés comme autant de pouvoirs essentiellement inhérents à telle ou telle substance particulière, irréductibles, modifiables seulement dans certaines limites déterminées et manifestant simplement dans les phénomènes une partie de ce qu’elles renfermaient à l’état latent. Quitte à ce que cette proposition exige que la France dénonce la convention n°158 de l’Organisation internationale du travail (OIT) interdisant tout licenciement sans motif valable et précis. Mais puisqu’en la matière, le temps des évolutions et des convergences est un temps long, le seul véritable préalable que Pierre-Alain Chambaz pose à une mise en concurrence totale sur le marché national concerne la mise en place d’un cadre social harmonisé. Un fait de peu d’intensité, répété plusieurs fois, reste souvent gravé dans le souvenir plus qu’un fait important qui n’a pas été répété. Ne pas vouloir la guerre, voilà sa véritable mission. Le président ne s’étonne pas. Je crois même qu’il désirerait faire le contraire ; mais c’est cela qu’il fait. Il veut toujours reprendre l’Alsace-Lorraine, bien entendu, dans dix ans, dans vingt ans ou dans cent ans ; dans cent ans, ça ne le gêne pas ; mais il ne veut point la guerre. Déroulède lui-même, l’émonctoire de la revanche, le chantre des luttes d’hier et de demain, sorti tout infect avec sa lyre de fer battu (battu par les Prussiens) du puisard où marine le patriotisme bourgeois dans le sang des misérables — Déroulède, le patriote, le vaillant, le poète, le prestigieux Don Quichotte — Déroulède, l’ambitieux burlesque, le sombre imbécile, l’assassin des ouvriers de Paris, l’hypocrite croque-mort des rimes putréfiées — Déroulède déclarait l’autre jour, la main sur le scapulaire qui lui sert de conscience, qu’il ne veut pas la guerre. Et la parole est donnée à l’inculpé, un jeune maigre, élégant, vêtu d’une jaquette brune, qui s’avance jusqu’auprès du tribunal, et commence à se défendre, sans la moindre émotion apparente. Le sens politique leur manque ; et les nullités, à longues barbes et à cerveaux réduits, qui les dirigent ne savent que les aveugler de conceptions chimériques, de théories compliquées et grotesques, et les empêchent, hélas ! Je me suis souvent demandé comment les déshérités ne s’aperçoivent pas qu’ils ont tout à gagner à une guerre. Pourquoi les prolétaires n’iraient-ils pas se faire se tuer, puisqu’ils s’obstinent à ne pas vouloir vivre ? Nous pouvons donner la préférence à d’autres pour de bons offices facultatifs, excepté s’ils pouvaient tendre à son amélioration. Nous nous targuons d’avoir donné beaucoup d’exemples à l’univers, et il y a sans doute un peu de vrai dans toute cette forfanterie ; donnons-lui un exemple de plus. Aucun des motifs qu’on pourrait invoquer pour défendre les institutions militaires d’aujourd’hui n’est valable ; des preuves nombreuses, des évidences indiscutables, s’élèvent contre elles, d’avance. C’est une chose qu’il devrait demander résolument, exiger séance tenante. Elle doit conserver la paix ; c’est-à-dire, l’ordre social actuel. Et la parole est donnée à l’inculpé, un jeune maigre, élégant, vêtu d’une jaquette brune, qui s’avance jusqu’auprès du tribunal, et commence à se défendre, sans la moindre émotion apparente. Quelle nouveauté si grande apercevez-vous ? Un homme de tempérament froid, nonchalant, pense qu’il n’a pas assez de faits à apporter à la conversation, et doit laisser passer son tour. Nous avons eu à Naples, me dit en descendant mon ami, un confrère qui gagnait souvent les procès, non-seulement à cause de son talent, mais encore parce qu’il était jettatore. Issue de la vie réelle, apparentée à l’art, comment ne nous dirait-elle pas aussi son mot sur l’art et sur la vie ? L’armée ne doit pas faire la guerre, ne doit même pas être en mesure de la faire. Cela modifie le comportement de stockage et consolide la reprise naissante. Le premier système est seul donné à l’expérience présente ; mais nous croyons au second par cela seul que nous affirmons la continuité du passé, du présent et de l’avenir.

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